Décarboner sans dénaturer : refonder la politique énergétique française

La transition énergétique est trop souvent confondue avec la transition écologique. C’est une erreur conceptuelle lourde : décarboner ne suffit pas à protéger le vivant, les paysages, les milieux et les équilibres biophysiques. Réduire la transition écologique à la seule électrification des usages conduit à ignorer des réalités majeures : artificialisation des sols, fragmentation des habitats, pression sur les ressources minérales et hydriques, dégradation des paysages, conflits d’usage dans les territoires ruraux. Une politique énergétique qui prétend « faire de l’écologie » tout en aggravant ces impacts n’est ni cohérente ni crédible.
Sobriété et efficacité : la seule voie rationnelle
La France ne décarbonera durablement qu’en réduisant sa demande énergétique. Cela suppose deux leviers : la sobriété, qui organise les usages sans imposer la pénurie, et l’efficacité énergétique, qui est de loin le meilleur investissement public disponible, car la rénovation thermique, l’optimisation des procédés industriels, la récupération de chaleur, l’amélioration des rendements et la réduction des pertes constituent en effet les seules « énergies nouvelles » réellement décarbonées, immédiatement disponibles, et sans impact territorial négatif. Autrement dit, dans une logique d’ingénierie, l’efficacité énergétique est la première énergie bas‑carbone.
Pour être réellement décarbonée, une énergie doit être bas‑carbone sur l’ensemble du cycle de vie, préserver l’environnement et les paysages, être stable et pilotable, répondre à la pointe, être compétitive en coûts complets, sans rente artificielle.
Le nucléaire satisfait largement ces critères. À l’inverse, l’éolien terrestre, l’éolien en mer et le photovoltaïque implanté en-dehors de sols artificialisés non renaturalisables ne les respectent pas : impacts paysagers et écologiques, artificialisation, atteintes aux espèces protégées, intermittence massive, dépendance aux fossiles pour la compensation, coûts complets élevés. La méthanisation souffre de critiques environnementales : taille des installations, nature et transport des intrants, valorisation du digestat et appauvrissement des sols en humus, effets sur la qualité de l‘eau, odeurs, bruit.
Poursuivre leur développement sans discernement revient à continuer de subventionner des technologies qui de toute évidence ne rendent pas le service attendu, au détriment des finances publiques et des territoires, étant rappelé qu’une activité économiquement viable ne doit pas faire l’objet de soutiens publics au-delà de quelques années, et que les EnR sont subventionnées depuis plus de 20 ans sans justification.
Des capacités EnR déjà surabondantes
Les données disponibles montrent que les capacités éoliennes déjà installées, autorisées ou en instruction dépassent fortement la trajectoire haute de la PPE 3, la filière des EnRi disposant d’ores et déjà d’un portefeuille de près de 50 GW alors que la PPE3 en prévoit au maximum 40 GW en 2035.
Autrement dit, la France n’a pas besoin d’ajouter encore des capacités intermittentes, elle peut attendre sereinement la mise en service des 14 EPR2, sans dégrader davantage ses paysages ni ses milieux naturels.
L’électricité n’est pas la seule réponse
Les ressources thermiques renouvelables - biomasse durable, biogaz, solaire thermique, chaleur de l’environnemental par les pompes à chaleur - offrent des solutions souvent plus efficaces, plus territoriales, plus intégrées. L’électrification massive des usages n’est donc pas une fin en soi : pousser à consommer davantage d’électricité sous prétexte de décarbonation est une absurdité technique et écologique.
Les carburants de synthèse bas‑carbone, produits à partir d’hydrogène, contribueront au bouclage du système sans imposer une électrification totale.
Repenser le système énergétique avec lucidité
La France, déjà l’un des pays les plus décarbonés d’Europe, doit repenser son système énergétique avec une rigueur qui a manqué ces vingt dernières années. Cela implique :
de publier les capacités réellement en portefeuille pour chaque filière ;
de définir les objectifs sur des bases techniques indiscutables ;
de respecter pleinement la convention d’Aarhus, car l’énergie est l’affaire de la Nation tout entière, et non d’un cercle restreint d’experts ou d’opérateurs.
Erwan Rohou,





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